Ses années normaliennes

Photographie de la promotion 1865 – Lettres
Photographie de la promotion 1865 – Lettres. Reproduction. Paris, ca 1865.
L'original est une photographie positive, noir et blanc, 36 x 26 cm, 30 x 48 cm (f.)
Cote : PHO D/1/1/10

Gaston Camille Charles Maspero, né à Paris en 1846, intègre l’École normale supérieure en 1865. Après ses classes préparatoires au Lycée Louis-le-Grand, où il cotoie le philosophe Émile Boutroux et le futur professeur de littérature grecque Maurice Croiset, qu'il retrouvera à l’Institut. Étudiant peu fortuné, Gaston Maspero travaille pour financer ses études : Émile Egger, professeur de littérature grecque à la faculté de Paris, rédigea une lettre de recommandation à l'attention de l'éditeur Firmin Didot, qui décrivait Gaston Maspero comme étant « un jeune élève […] remarquable, et remarqué pour son érudition précoce et pour ses grandes connaissances dans les langues […] (1)». Dès sa seconde année à l’École normale, il développa un goût prononcé pour l'histoire en préparant l'agrégation. Il découvrit l'égyptologie à la lecture du spécimen d’écriture hiéroglyphique abordé dans le Manuel d'histoire ancienne de Victor Duruy (2). C'est également pendant ses années normaliennes qu'il aborde le sanskrit, sous la direction de Hauvette-Besnault.  Il s'était initié à l'égyptologie en autodidacte, à la lecture des ouvrages de François-Joseph Chabas et d'Emmanuel de Rougé, conservateur des Antiquités égyptiennes au Louvre et professeur au Collège de France, qu'il rencontra en 1866 par l'entremise d’Émile Egger. Emmanuel de Rougé lui conseilla alors de suivre ses cours au Collège : en effet, les « études orientales n'étaient pas en faveur à l’École », et Gaston Maspero devait « se cacher de [ses] directeurs pour [se] livrer à sa passion égyptienne : [il aurait] eu un refus bien sec, s'[il] s'était permis de demander l'autorisation d'aller entreprendre quelques-unes de ses leçons au Collège de France […] C'est donc à M. de Rougé que je dois ma carrière (3) ». En effet, l’École normale était alors considérée par les autorités comme devant préparer prioritairement aux examens de professorat. Gaston Maspero eut toutefois la chance de rencontrer des enseignants qui ne partageaient pas cette vision. Parmi eux, le géographe et historien épigraphiste Ernest Desjardins qui, en 1861, s'était vu octroyer à l’École normale la chaire de géographie nouvellement créée à son intention. Pendant 25 ans, il y professa la géographie ancienne et moderne, l'histoire ancienne de l'Orient et les institutions romaines. L'admission de Gaston Maspero dans le cercle des égyptologues est dûe à une rencontre fortuite avec Auguste Mariette, qui dirigeait depuis plus de dix ans le Service de conservation des Antiquités en Égypte. Ernest Desjardins avait souligné auprès de son confrère et ami, « l'amour immodéré qu'il [Gaston Maspero] marquait pour les hiéroglyphes (4) », on avait signalé au grand égyptologue les connaissances de Gaston Maspero en matière de hiéroglyphes. Sceptique, Auguste Mariette le mit à l’épreuve en lui demandant la traduction d'un texte inédit : la stèle dite du Songe. En une semaine, Gaston Maspero fournit une excellente production : le succès fut total (5) .          
Il n'effectua pas sa troisième année de scolarité à l’École normale du fait d'un incident politique inattendu au cours de l'été 1867, dans lequel il fut impliqué, et qui créa un conflit entre la direction de l’École (assurée par Louis Pasteur) et le Ministère de l'instruction publique, d'une part, et les élèves de l’École, de l'autre. Pour mettre un point final à une affaire compliquée, le ministre de l'Instruction publique, Victor Duruy, licencia toute l’École. On proposa ensuite aux normaliens une réintégration à l’École, en échange de leur soumission : tous acceptèrent, sauf Gaston Maspero, qui endossa seul la responsabilité des faits, dont il n'aurait été que peu, ou pas, responsable (6).

(1) Institut de France, manuscrit 4017, folio 11 (1866)
(2) Croiset, Maurice, « un grand égyptologue français », dans Revue des deux mondes : recueil de la politique, de l'administration et des mœurs, Paris, 15 août 1916, p. 758.
(3) Maspero, Gaston (dir.), Bibliothèque égyptologique, tome 21 : Emmanuel de Rougé, œuvres diverses, Paris, Ernest Leroux, 1907, pp. CXLIX-CL
(4) Cagnat, René, « Notice sur la vie et les travaux de M. Gaston Maspero », dans Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 61ème année, n. 6, p. 448
(5) David, Elisabeth, Gaston Maspero, 1846-1916 : le gentleman égyptologue, Pygmalion/Gérard Watelet, Paris, 1999. Par ailleurs, la correspondance de Gaston Maspero se trouve à l'Institut de France, sous la cote manuscrits.
(6) L'intégralité de l'affaire est exposée dans les notices biographique de Gaston Maspero, dans les ouvrages cités ci-dessus.

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