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Expositions Virtuelles    Bibliothèques de l'ENS

« MON COLLÈGUE ET AMI JEAN BROSSEL »

Permettez-moi de vous exprimer ce soir, non pas seulement la gratitude d’un homme, mais celle  d’une équipe dont vous avez distingué l’oeuvre collective et que m’a puissamment aidé à former mon collègue et ami Jean Brossel ...

Jean Brossel (à gauche), Alfred Kastler et leur équipe

Alfred Kastler a toujours ressenti et manifesté du regret et de la tristesse de ne pas voir associé au prix Nobel le nom de celui qui fut son élève, collègue et ami : Jean Brossel.

Vous pourrez lire ici un extrait de la correspondance qu’Alfred Kastler a échangée avec Jean Brossel lors de leurs recherches et découvertes communes sur la double résonance.

« Au cours de toute cette période, je m’étais tenu en rapport constant avec Kastler, à Paris, lui exposant, dans une correspondance régulière, nos progrès et nos déboires. Comme il est très fréquent dans des cas analogues où la situation est mûre pour une découverte, nos idées avaient évolué de façon parallèle sur les solutions à apporter au problème. Par une coïncidence, fort naturelle au fond, nous étions arrivés, indépendamment et en même temps, à une conclusion identique. Une semaine après que j’en eus discuté avec Francis, je recevais de Paris une lettre où Kastler proposait exactement la même expérience. Il développait son idée à propos de l’atome de sodium et employait une excitation en lumière circulaire (ce qui devait le conduire, quelques mois plus tard, à proposer l’idée du "pompage optique")... »
Jean Brossel, « Quelques souvenirs » (Fonds Kastler, pièce 11001)

 « Alors que Brossel terminait son travail de thèse aux États-Unis, Kastler lui avait proposé, dès son retour à Paris, d’assurer avec lui la direction d’un nouveau groupe de recherche, exploitant les idées de double résonance et de pompage optique – le "laboratoire de spectroscopie hertzienne de l’ENS".
C’est le caractère exceptionnel de leur relation qui rendait possible cette direction conjointe. Elle reposait sur une grande estime réciproque, source d’une profonde amitié et complicité, et fonctionnait harmonieusement, sans esprit de concurrence, grâce à leurs deux personnalités complémentaires. Kastler se situait davantage dans le registre des questions de principe, de la curiosité et de l’imagination. Brossel était plus réaliste, sensible aux problèmes concrets et aux possibilités pratiques de réalisation des expériences ; mais avec la clairvoyance très efficace et une intuition physique remarquable, qui lui permettait d’interpréter les résultats imprévus. [...] »
Bernard Cagnac, Alfred Kastler, Prix Nobel de physique 1966 : portrait d’un physicien engagé, Paris, Éditions Rue d’Ulm, 2013.

« Si je peux mentionner un autre nom pour une médaille d’or attribuée à la physique, c’est celui de mon ancien collaborateur Jean Brossel, qui aurait dû partager avec moi le Prix Nobel 1966 si la justice était de ce monde. »
Lettre de Kastler à Bernard P. Grégory, Directeur général du CNRS, 3 mai 1976. Fonds Kastler, pièce 44293.

Portrait de Jean Brossel (1918-2003)

Jean Brossel (1918-2003)

« Beaucoup de choses m’ont été révélées lors de conversations très libres, où tous les sujets qui lui tenaient à coeur étaient abordés. Les problèmes scientifiques et les recherches en cours, les suggestions d’expérience, une publication qui nous avait frappés…, tout cela, bien sûr, y tenait une grande place. Mais il s’agissait très souvent de  choses très différentes : la traduction de la légende du Roi des Aulnes ou, parlant de lui-même, l’affirmation qu’il était gaucher contrarié ! Enfin, très fréquemment, les préoccupations humaines, politiques et sociales. Cela se passait les dimanches matins, à une époque où je vivais pratiquement au laboratoire. Kastler arrivait vers 9h, écrivait quelques lettres ou lisait un dossier, puis frappait à la porte de mon bureau. Il s’installait aussi confortablement que possible dans le mauvais fauteuil dont je disposais et la conversation commençait. Je lui serai toujours reconnaissant pour toutes ces heures qu’il m’a permis de partager. »
Discours de Jean Brossel à l’Académie des sciences, après la mort d’Alfred Kastler publié dans les Cahiers laïques n° 192, 1984. Fonds Kastler, pièce 81223.

 


Jean Brossel dans les archives

  • Correspondance depuis juin 1950 jusqu'aux années 1980. On retrouve des échanges entre les deux physiciens et amis dans les cartons dédiés à la recherche, à la gestion du laboratoire de physique qu'ils codirigent, à la carrière d'enseignant de Kastler, à son activité de président de la Société française de physique, à la correspondance internationale que recevait Kastler.
  • Articles écrits en collaboration sur le pompage optique : une quinzaine dont 4 inédits. Le premier date de 1949.
  • Des textes de discours et hommages écrits respectivement l'un pour l'autre, à l'occasion de remises de prix ou de cérémonies d'hommage.

 

 

PIÈCES D'ARCHIVES NUMÉRISÉES

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