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« TACK SÅ MYCKET »

... Afin que le cri des chrétiens du Moyen Age " Noël, Noël " qui signifie " Joie " devienne le cri de tous les hommes.
Tack så mycket.

« Alfred Kastler avait une horreur viscérale de la guerre. Il est probable qu’il s’était senti déchiré pendant la guerre de 14. Son horreur portait non seulement sur le caractère politique de la guerre et l’affrontement entre les États, mais sur les détails affreux, sur les morts, les blessés et sur la réalité vécue et mourante et mortelle de la guerre. Il en parlait avec une très grande raison. […]
Kastler ne pouvait résister à l’appel d’une organisation pour la paix, à une rencontre. On le voyait arriver extrêmement attentif, écoutant plus que parlant, avec son visage d’aigle et puis tout d’un coup, très lentement, avec un accent alsacien peu perceptible mais constamment présent, il prenait part, et il prenait part avec un réalisme scientifique.
Quand il prenait la parole, on l’écoutait. Il parlait avec une simplicité totale et il était très clair qu’il avait oublié qu’il était un grand physicien et un prix Nobel. Il ne pensait qu’aux choses qu’il disait. Il essayait de convaincre non par arguments d’autorité mais par la raison. Aucune tentative de rapprochement ou de rencontre ne lui était étrangère. Il entretenait une correspondance extrêmement étendue avec de nombreux militants, non pas du pacifisme, mais de la paix ; c’était, je crois, une nuance qu’il aurait reconnue. Souvent il établissait des contacts nouveaux, demandait conseil, faisait parler les gens entre eux. Il ne confondait jamais, comme tant d’autres, objectifs et moyens. Pour lui, un mouvement, une réunion de réflexion sur la paix et la guerre, une université de la paix n’étaient en aucun cas un objectif, c’était un moyen.
[…]
Comme tout scientifique conscient, Alfred Kastler savait que la science est comme la langue d’Ésope, elle peut faire le meilleur et le pire. Pour lui, les scientifiques devaient travailler à une meilleure intelligence entre les hommes pour deux raisons : ils étaient détenteurs d’un pouvoir et d’un langage universels, d’une discipline intelligible à tous. Certes, il savait parfaitement bien l’allemand, le français et l’anglais. Il avait même fait des traductions de poèmes d’allemand en français, mais seul le langage mathématique, physique, chimique, etc… est intelligible dans toutes les langues et n’a presque pas besoin de traduction. Kastler pensait donc que, universels par le langage et responsables, encore que ce mot responsable aurait besoin d’infinies nuances, les scientifiques avaient, non pas une responsabilité particulière, mais un rôle particulier à jouer.
[…]
Le groupe français Pugwash a beaucoup perdu avec Kastler. Son nom seul auprès des autres groupes Pugwash était synonyme d’ardeur et de probité. On le sollicitait sans arrêt de venir à des réunions, à des conférences. Heureusement pour lui et pour sa famille, il n’allait pas à toutes, mais il s’efforçait toujours de trouver un remplaçant en qui il eût confiance.
»
Étienne Bauer, « Alfred Kastler : apôtre fanatique et raisonnable de la paix ». Fonds Kastler, pièce 63106.

« OEuvrer pour la paix ne signifie pas seulement se prononcer contre la guerre. La paix doit être construite pas à pas. Et cette construction nécessite un effort permanent. L'équilibre actuel entre les puissances mondiales est ce que le physicien appelle un équilibre métastable (un équilibre dont la stabilité peut se rompre à tout moment). Mais la vie, elle aussi, constitue un équilibre dynamique métastable. L'équilibre stable final est la mort. La paix entre les nations est un équilibre dynamique dont le maintien exige un effort permanent, un combat continuel. Une guerre peut débuter brusquement, comme une explosion. La paix au contraire se construit lentement, patiemment, opiniâtrement. Il nous faut accepter les défaites, les échecs sans perdre espoir. Il nous faut sans cesse recommencer la lutte. Et la science a un rôle à jouer dans la construction d’un monde meilleur.»
A. Kastler, « La science et l’avenir de l’homme », paru dans la revue Comprendre en 1974 et réédité dans Un scientifique et la paix : recueil de textes du professeur Alfred Kastler, Prix Nobel de physique et Président d’honneur du Conseil académique de l’Université de Paix, 1902-1984, Namur, [198.]. Fonds Kastler, pièce 67040.


Nombreux textes d'Alfred Kastler

    • Plus de 15 appels, lettres, pétitions, écrites ou signées par A. Kastler.
    • Plus de 35 textes de discours, d'allocutions ou de conférences sur ce thème.
    • Plus de 75 articles ou ébauches, préfaces, écrites par A. Kastler.

 

PIÈCES D'ARCHIVES NUMÉRISÉES

« TACK SÅ MYCKET »